top of page
Rechercher

Le jour où l’Islande a changé l’ éducation des enfants

  • tdhs-unige
  • il y a 5 jours
  • 4 min de lecture

Sofiia Shpytkovska - 18 mai 2026


Le 24 octobre 1975, l’Islande s’est réveillée dans un silence inhabituel.

 

Un silence qui ne venait pas de l’absence de bruit, mais de l’absence des femmes.

 

Ce jour-là, près de 90 % d’entre elles ont cessé toute activité. Elles ont quitté leur travail, mais surtout, elles ont arrêté tout ce qui, d’habitude, ne s’arrête jamais : cuisiner, s’occuper des enfants, organiser la maison, gérer les urgences invisibles du quotidien.

 

Et c’est là que quelque chose de plus profond s’est révélé.

 

Pendant des années, ce travail a été considéré comme normal. Naturel. Presque automatique. Comme si les repas apparaissaient seuls, comme si les enfants grandissaient sans effort, comme si les maisons se maintenaient dans l’ordre sans que personne ne les porte vraiment.

 

Les femmes faisaient tout cela.

Mais ce n’était pas vraiment vu.

Ou plutôt… c’était taken for granted.

 

Les femmes étaient là, partout, tout le temps, mais leur présence était devenue tellement constante qu’elle avait fini par disparaître des regards. Leur travail n’était pas nié, mais il était intégré dans le décor de la vie quotidienne, comme s’il allait de soi.

 

Et puis, ce jour-là, il a disparu et tout s’est arrêté.

 

Les écoles ont fermé. Les bureaux ont ralenti. Les journaux ne sont pas sortis. Les appels ne passaient plus. Les avions ont été annulés. Et dans les maisons, les hommes se sont retrouvés face à quelque chose de totalement nouveau pour beaucoup d’entre eux.

 

Pour certains pères, c’était la première fois.

 

La première fois qu’ils changeaient une couche.

 

La première fois qu’ils préparaient un repas pour leurs enfants.

 

La première fois qu’ils géraient seuls une journée entière avec tout ce que cela implique : les pleurs, les horaires, la fatigue, l’imprévu.

 

Et ce n’était pas juste “aider”.

 

C’était faire.

Vraiment.

Sans filet. Sans la présence invisible qui, jusque-là, rendait tout plus fluide sans qu’on s’en rende compte. Ce moment a créé une prise de conscience brutale. Ce qui semblait simple ne l’était pas. Ce qui semblait aller de soi était en réalité un travail constant, exigeant, physique et mental. Et surtout : indispensable.


La grève n’a pas seulement montré que les femmes étaient essentielles à la société, elle a montré qu’elles avaient été trop longtemps considérées comme acquises. Et que lorsque ce travail disparaît, même pour une seule journée, ce n’est pas seulement une organisation qui s’effondre. C’est une illusion qui se casse. Les femmes atteignirent leur objectif de montrer à l'Islande leur valeur en provoquant la quasi-fermeture du pays pour une journée. Le jour de congé « a ouvert les yeux de beaucoup d'hommes » qui l'appelaient « le long vendredi ».


Cette mobilisation a marqué un tournant décisif dans l’histoire de l’Islande, mais surtout dans la manière dont la société a commencé à penser l’éducation des enfants.


À partir de 1975, quelque chose s’est déplacé lentement. Les lois ont changé, oui, mais surtout les familles ont commencé à changer de forme. L’éducation des enfants n’a plus été vue comme une responsabilité presque automatique des mères, mais comme quelque chose qui pouvait  et devait — être partagée entre les deux parents, chacun à sa manière, avec des niveaux d’implication différents mais réels. Et ça, concrètement, ça a changé des vies d’enfants.


Les pères ont commencé à être plus impliqués dans le quotidien réel. Pas seulement les moments “importants”, mais aussi tout ce qui fait une enfance: les repas, les couchers, les pleurs, les devoirs, les journées longues et fatiguantes. Et surtout, ils ont commencé à être impliqués plus tôt, dès les premiers mois, ce qui a complètement changé la manière dont le lien parent-enfant se construit.


En 2000, avec la réforme du congé parental qui donne une partie réservée aux pères, cette implication devient encore plus forte. Et là, les effets ne sont plus théoriques, ils deviennent visibles : les enfants passent plus de temps avec leur père, développent un lien plus stable et plus constant, et grandissent avec deux figures parentales réellement impliquées dès le début de la vie.


Les recherches montrent que ce n’est pas une présence parfaite ou identique qui compte, mais une implication réelle des deux parents dans le développement et l'éducation de l’enfant. Et cette implication a un impact direct sur leur développement. Les enfants ont une meilleure sécurité émotionnelle, ce qui signifie qu’ils se sentent plus stables, plus en confiance, moins anxieux dans leurs relations. Ils développent aussi de meilleures compétences sociales en grandissant avec

deux styles de communication,

deux manières de gérer les émotions,

deux présences différentes mais complémentaires.


Il y a aussi un impact sur la réussite scolaire. Les enfants ayant des pères plus impliqués ont tendance à mieux réussir à l’école, à avoir plus de concentration et plus de confiance en eux. Ce n’est pas magique, mais c’est lié à un environnement plus stable et à une attention plus répartie entre les deux parents.


Et puis il y a quelque chose de plus profond encore: ces enfants grandissent en voyant une autre réalité. Ils voient un père qui change une couche, qui participe aux tâches du quotidien, sans que ce soit exceptionnel. Ils voient une mère qui n’est pas seule à porter tout le poids du foyer. Ils voient une responsabilité partagée dans la vie réelle, de façon naturelle, même si pas toujours parfaitement équilibrée.


Et ça change leur façon de penser. Parce qu’un enfant ne retient pas seulement ce qu’on lui dit. Il retient ce qu’il voit.


Et en grandissant dans ce modèle, ils intègrent que s’occuper d’un enfant, ce n’est pas “le rôle d’une femme”, mais un rôle humain. Que l’éducation n’appartient pas à un seul parent, mais à deux personnes qui coopèrent dans le développement de l’enfant.


L’Islande n’a pas seulement changé ses lois. Elle a changé des enfances. Des enfants plus entourés, plus sécurisés, plus équilibrés émotionnellement. Et surtout, des enfants qui grandissent avec une idée différente de ce que veut dire “être une famille”.

 

Bibliographie:

National Geographic France. Islande : la grève des Islandaises de 1975 a inspiré le monde : https://www.nationalgeographic.fr/histoire/culture-generale-islande-lutte-egalite-femmes-en-1975-la-greve-des-islandaises-a-inspire-le-monde

Wikipédia. Grève des Islandaises de 1975.: https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_des_Islandaises_de_1975

Nordic Council of Ministers. The Women’s Strike Started the Third Wave of Feminism in Iceland: https://pub.norden.org/nord2024-042/the-womens-strike-started-the-third-wave-of-feminism-in-iceland.html?utm_source=chatgpt.com

Tribune de Genève. Plongée en Islande, ce pays où le féminisme n’est pas un gros mot.: https://www.tdg.ch/plongee-en-islande-ce-pays-ou-feminisme-nest-pas-un-gros-mot-892245936919

Sarkadi, A., Kristiansson, R., Oberklaid, F. & Bremberg, S. (2008). Fathers’ involvement and children’s developmental outcomes: a systematic review of longitudinal studies.: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/18052995/

Organisation for Economic Co-operation and Development (OECD). Fathers’ Leave, Fathers’ Involvement and Child Development.: https://www.oecd.org/en/publications/fathers-leave-fathers-involvement-and-child-development_5k4dlw9w6czq-en.html

 
 
 

Posts récents

Voir tout
Talibés : Senegal’s Forgotten Children

Dishan Kanapathipillai 6. May 2026 More than 100’000 boys beg daily on the streets of Senegal. Sent to Quranic schools to learn, many find exploitation instead. The issue is not the daara tradition

 
 
 
Limitation des téléphones dans les écoles suisses

Prudence Mudry 29.04.2026 L’interdiction ou la limitation des smartphones à l’école en Suisse protège-t-elle réellement les droits des enfants ? Depuis la rentrée 2025, le Valais a banni tous les télé

 
 
 

Commentaires


© 2022 par Terre des Hommes Suisse UNIGE. Créé avec Wix.com

bottom of page